La laïcité, garante des droits des femmes? Imprimer Envoyer
Lundi, 20 Juin 2011 02:43

LES femmes et la religion, une thématique qui a déjà fait couler beaucoup d’encre… mais qui avait indéniablement sa place dans le cadre du Women’s Tribune. Ce forum des femmes de la Méditerranée, d’Afrique et du Moyen-Orient s’est clôturé dimanche dernier à Essaouira.
Les débats ont été riches et passionnés. Les rapports entre le religieux et le politique et les effets que ces liens peuvent avoir sur les droits des femmes ont été longuement abordés. Dans ce cadre, il a été plusieurs fois rappelé que «les trois religions monothéistes n’ont pas fait la part belle aux femmes et qu’il serait périlleux d’attendre de ces textes sacrés une reconnaissance de leurs droits».


En ce sens, la laïcité est apparue comme l’une des voies de modernisation les plus sûres pour garantir la démocratie et donc, entre autres, les droits des femmes. «La laïcité garantit la séparation des pouvoirs et elle lutte contre une instrumentalisation réciproque de ceux-ci», a souligné Cynthia Fleury, professeur de philosophie politique à l’American University of Paris. Mais à ce propos, Hind Kabawat, avocate syrienne, a émis une nuance. «La Syrie est un pays laïc. Pourtant, est-ce qu’actuellement en Syrie la femme est égale à l’homme? L’égalité n’est souvent qu’apparente», a-t-elle indiqué.


L’autre thème qui a fait l’objet de nombreuses discussions est l’interprétation des textes sacrés et leur utilisation à des fins politiques. «La différence entre un spirituel et un fanatique est que l’un considère que le sens du texte est infini et l’autre que l’on peut s’approprier le texte et le clore», explique Adil Hajji, écrivain marocain. Selon lui, vouloir politiser le spirituel est un non-sens. «Ce faisant, on aplatit le sens du texte et on en donne une lecture restrictive», poursuit-il. Pour sa part, Asma Afsaruddin, professeur spécialiste de l’Islam à John Hopkins University aux Etats-Unis, a insisté sur le fait qu’«il faut revenir aux sources et réinterpréter le Coran. Et que ses principes universels ne peuvent pas être compromis». Plusieurs autres intervenantes ont été dans le même sens, en insistant sur le fait que le Coran est victime de beaucoup d’amalgames. «Il faut dire haut et fort que l’Islam ne dresse pas les religions les unes contre les autres. De plus, il faut mettre en avant ce qui est tolérant dans le Coran», s’est exclamée une intervenante.


D’autres thèmes d’actualité se sont invités durant la table ronde: le débat sur la laïcité qui fait beaucoup de vagues en France et la loi «interdisant la dissimulation du visage dans l’espace publique», autrement dit la loi contre la burqa. Concernant le voile, Afsaruddin a souligné que «la plupart des femmes musulmanes qui veulent le porter en France sont des femmes adultes et actives, qu’elles n’y sont pas contraintes et que pour elles, il s’agit là d’une expression de leurs libertés».


Révolutions arabes


L’ACTUALITÉ des pays arabes n’a pas échappé au Women’s Tribune. Toute une matinée a été réservée aux révolutions qui traversent le monde arabe. Les jeunes du «Mouvement du 20 février» étaient notamment présents en force, ainsi que des jeunes d’autres pays dont la Tunisie. Ils sont revenus notamment sur les enjeux en termes de transitions démocratiques et les situations libyennes et syriennes. Ensuite, d’autres intervenants ont apporté leur éclairage sur ces révolutions. L’écrivain Fouad Laroui, qui a récemment sorti l’ouvrage «Le drame linguistique marocain», a insisté sur l’impact que peuvent avoir les langues sur l’émergence de la citoyenneté. Quant à Dominique Reynie, DG de la Fondation pour l’innovation politique, il restitue ces révolutions dans un cadre plus universel. «On voit que ce mouvement affecte le monde entier. Les jeunes chinois ont par exemple également été touchés par cet éveil pour la démocratie. L’Europe même est touchée, quand on sait que la plupart des Français n’ont aucune confiance en leurs institutions».


Marie-Noëlle RASSON (L'economiste)

 
 

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